Fusion des Régions PICARDIE & NORD PAS DE CALAIS - Une ineptie appelant une 3e voie

jeudi, 14 août 2014 00:00

 
FUSION DES REGIONS
 
NORD PAS DE CALAIS & PICARDIE :
 
 
UNE INEPTIE APPELANT UNE 3ème VOIE

 
 

Alain CREMONT
Maire de Soissons,
1er Vice-Président de la Communauté d’Agglomération


 
 
Introduction
 

La réforme territoriale qu’impose aujourd’hui le gouvernement à la Picardie est une véritable ineptie. Qu’il s’agisse d’Histoire, d’Economie, d’Aménagement du territoire. Aujourd’hui cette réforme donne plutôt l’impression d’une improvisation et de cafouillages : tantôt une fusion avec la Champagne Ardenne, et puis une autre désormais avec le Nord Pas de Calais.  Alors pourquoi pas une troisième voie ?

 

 Je dis oui à la réforme territoriale, mais pas n’importe laquelle ! La seule question que  je me pose est de savoir si cette réforme va créer de l’emploi et/ou si elle va faire baisser les impôts. En effet, dans une situation unanimement reconnue comme sinistrée, notre territoire a besoin d’un sursaut en matière de développement économique, d’infrastructures, de compétences (formation, universités, attraction de talents), de stratégies ambitieuses d’innovation, de tourisme, d’une gouvernance simple, unifiée, rigoureuse (économies, stabilité fiscale), de coopération renforcée avec ses voisins. C’est bien le sens du Plan d’accompagnement des mutations économiques décidé par l’état pour le Soissonnais.
 
Qu'est-ce qui fait qu'un territoire est identifié comme une entité à part entière ? Ce sont les échanges quotidiens qui s'y déroulent tant sur le plan social, économique et culturel. C'est un fait constaté sur le terrain : chaque jour des Soissonnais se retrouvent Franciliens par leur travail. Les échanges, quel qu’ils soient, se réalisent avec Paris et Reims. En matière de santé, d'enseignement supérieur, de transports, de culture, d'agronomie, de recherche, le territoire est plutôt orienté vers l’Ile-de-France et Reims. Les seules connexions ferroviaires et routières de notre territoire sont tournées vers l’Ile-de-France et vers Roissy et pourraient être largement améliorées par la mise à 2x2 voies de la D1 au sud pour connecter Soissons à Marne-la-Vallée et au Nord pour rapprocher Soissons de Saint-Quentin et nous ouvrir ainsi les portes vers le nord.
 
Aujourd’hui, aller vers le Nord-Pas-de-Calais en transport ferroviaire impose pour tout Soissonnais de passer inexorablement par Paris et allonge ainsi considérablement les temps de transport.
 

 
1. Savoir tirer utilement des leçons de l’Histoire : Picardie d’hier versus Picardie d’aujourd’hui.
 
Comme disait l’historien Fernand Braudel “pour espérer, pour aller de l’avant, il faut savoir aussi d’où l’on vient”. Les délimitations de l'ancienne Picardie ne correspondent pas à celles des trois départements composant l'actuelle Picardie administrative. Seuls la totalité de la Somme, le nord de l'Oise et le nord de l'Aisne (Thiérache) constituaient l'ancienne Picardie (qui intégrait aussi la partie côtière du Pas-de-Calais, le Boulonnais). En effet, la majorité de l'Oise faisait partie du domaine royal du Roi de France, c'est-à-dire l'Île-de-France.  Dans l'Aisne, le Soissonnais appartenait aussi à la couronne. Le reste était mouvant du duché de Champagne. Reste le nord-est de l'Oise qui était l'évêché de Noyon.  Cela  peut expliquer les infrastructures ferroviaires et routières existantes.
 
 
2. Des stratégies de développement sans véritable cohérence.
 
A cela, s’ajoute le fait que la Picardie et le Nord-Pas-de-Calais sont aujourd’hui positionnées sur des stratégies de développement fortement divergentes :
 
Le Nord-Pas-de-Calais, tiré par l’Eurométropole franco-belge Lille-Courtrai-Tournai, regarde vers les Pays du Nord, Bruxelles et Londres, avec la volonté de développer ses échanges avec l'Europe du Nord, alors que la Picardie, et plus particulièrement le Soissonnais, bordant le futur Grand Paris et à proximité du 3ème aéroport européen – Roissy - sont tournés vers l'Ile-de-France – 1ère pôle de Recherche et d’innovation français.
Force est de constater que les échanges restent limités entre les deux régions, notamment en matière de développement économique et d’emploi. La Picardie et le Nord-Pas-de-Calais sont deux régions en complète mutation économique et sociale suite à la crise de leurs industries traditionnelles. Alors que l'une se tourne vers l'aéronautique, l'agro-industrie, l'éolien et le tertiaire ; l'autre s'emploie à la troisième révolution industrielle et s'accommode des nouveaux défis énergétiques.
 
Il existe des dissensions fortes et des divergences d’appréciation sur cette fusion de la part des élus des deux régions.  En tout état de cause, si pour les défenseurs du projet, le rapprochement des deux régions Picardie et Nord Pas-de-Calais pourrait donner naissance à des projets structurants, ceux-ci se réveleront géographiquement assez éloignés du Soissonnais, qui ne tirera pas profit de leur réalisation.
 
 
 
 
3.    Ma proposition :
 
Il existe un 3ème projet de réforme porteur de développement et d’emploi pour le Soissonnais et la Picardie. C’est une évidence : le Grand Soissons[1]  comme l’ensemble du département de l’Oise et le Sud de l’Aisne  (Château-Thierry) sont stratégiquement tournés vers le  Grand Bassin parisien. C'est pour ce rapprochement que nous devons nous mobiliser.
 

Les opportunités seraient immenses. Notre territoire présente – aux portes d’une région parisienne sous tension – une grande qualité de vie qu’il nous faut préserver, un coût de l’immobilier attractif et un vivier de main-d’œuvre disponible et motivée.  Nous pouvons jouer, à un échelon en-dessous d’une grande métropole régionale comme le Grand Paris, une partition originale dans des activités qui n’ont pas besoin d’une centralisation totale et ce grâce aux nouveaux modes d’organisation qui se développent aujourd’hui, tels que le télétravail et le télé-enseignement. Cela peut concerner des activités variées comme la recherche, les spécialités industrielles, les services à la personne, ou toutes activités tertiaires qui ne nécessitent pas d'être à Paris. Mais qui peuvent présenter l’opportunité d’être situées à proximité pour une productivité plus élevée à la clé.
 
D’autre part la fusion avec l’Ile-de-France aurait une vertu supplémentaire : éviter de fusionner de la “pauvreté”.
 
En effet, si l’on se réfère aux chiffres officiels, la Région Île de France compte 11.659.260 habitants avec un PIB de 612 milliards (51.000€ par habitants), un taux de chomâge de 8.6%, alors que la Picardie compte 1.919.000 habitants avec un Pib de 45 milliard (23.751 par habitants) et un taux de chômage de 12%.
 
En revanche la région Nord–Pas-de-Calais compte 4 millions d’habitants avec un PIB brut de 103 milliards d’euros (25.480€ par habitant ) et un taux de chômage de 13.6%. 
Une fusion du Nord Pas de Calais avec la Picardie représenterait un PIB de 148 milliards d'euros mais réduirait le PIB par habitant à 24.666 euros et la Grande région du Nord de la France se situerait ainsi à la dernière place des régions françaises métropolitaines, juste avant les DOM-TOM.
 

Pour conclure, la fusion qui sera arrêtée par les responsables politiques nationaux, qui je l’espère sera cette troisième voie, devra, dans l’intérêt général de la région Picardie et des Soissonnais en particulier :

➔ Accélérer la mise en place du Plan d’accompagnement et des Assises du développement économique (actions de soutien au commerce, à l’industrie, à l’artisanat, aux services au bénéfice de la création d’emplois, redynamisation du cœur de ville et du quartier de la gare...)
➔ Accompagner le territoire en matière de désenclavement pour que ce territoire ne soit pas un territoire abandonné. A très court terme, il s’agira de poursuivre la mise à 2x2 voies de la RN2, améliorer les transports ferroviaires vers Paris et Roissy, et à moyen terme la mise à 2x2 voies de la D1 pour proposer au nord  une entrée sur l’A29, et au sud une entrée sur l’A4
➔ Accélérer le déploiement du haut débit sur le territoire
➔ Renforcer les spécificités du territoire du grand Soissons avec ses voisins notamment matière d’économie, d’emploi, de culture, de santé, d’innovation, et de   formation ;
➔ Renforcer l’hôpital de Soissons dans son rôle d’établissement  infra-régional
➔ Accompagner le développement touristique du territoire
➔ Délocaliser des formations universitaires
➔ Enrichir les compétences de la communauté d’agglomération

 
 

Alain CREMONT
Maire de Soissons,
1er Vice-Président de la Communauté d’Agglomération

 
[1] qui comprend la Communauté d’Agglomération du Soissonnais, la Communauté de Communes du Val de l'Aisne, la Communauté de Communes de Villers-Cotterêts - Forêt de Retz. 

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